A l’image de ses Voyageurs qui parcourent le monde, Cédric Le Borgne invite chacun à porter un regard nouveau sur la réalité quotidienne, à s’élever, à rêver. Abolissant les frontières, son travail d’exploration des espaces est sensible, sa poésie s’immisce avec subtilité dans tous les lieux. Libre de toute contrainte formelle, il passe de la sculpture de grillage à la photo ou à la vidéo, de l’installation pérenne à la performance instantanée, du street-art au web-art.« Je travaille avec le réel et à partir du réel »

Cédric Le Borgne recherche avant tout à penser et engager l’œuvre dans un mouvement, un espace-temps, un contexte vivant, sans a priori sur la nature des espaces: intérieurs, extérieurs, hyper-centres, banlieues, non-lieux… tous ont leurs spécificités, leurs poésies, plusieurs existences, visibles ou invisibles, à sublimer.L’environnement, dans sa réalité vaste et multiforme, offre à l’artiste un champ infini d’exploration. La nature, luxuriante ou désertique, très présente dans les premières œuvres (tableaux, gravures – Origines) reste un sujet de préoccupation et d’inspiration (La biodiversité rend heureux).

L’espace urbain, terriblement quotidien, devient aussi un terrain de jeux et de création: plus encore qu’ailleurs, l’artiste est intégré dans la réalité, dans sa réalité, et dans celle de la ville, parfois belle parfois sordide. Il la sublime et la transcende, mais sa recherche n’est pas uniquement esthétique ou sensitive, elle est aussi sociale et politique: la ville est le territoire du « vivre ensemble ».L’artiste acteur dans la cité révèle les contradictions, percute les convictions, interroge les consciences, mais aussi invite à la rencontre, au dialogue, à l’échange. Le Fauteuil, performance utilisant une vitrine, expérimente un rapport intime et interactif avec la rue en créant des rencontres imprévisibles entre et avec les passants.C’est aussi de cette expérience que naîtra l’installation Les Naufragés: Cédric Le Borgne observe dans la rue une femme sans domicile fixe muette, repliée dans une position proche de celle d’un singe.

Elle semble posée là comme une sculpture immobile. Il entamera alors un travail sur l’exclusion, la solitude, la dépression.Il s’engage dans l’exploration intime de l’âme humaine, jusque dans ses derniers retranchements, ses méandres, ses failles.
J34 Toulouse-Genève réalisé avec l’artiste suisse Muriel Décaillet, échange quotidien de photographies par mail, illustre ce travail introspectif en même temps qu’il laisse entrevoir les vastes possibilités du « web-art ».

De même, Viens m’embrasser, installation utilisant plusieurs dispositifs, traduit par une mise en scène sensorielle et prenante, le déchirement affectif.Artiste exigeant, perfectionniste, Cédric Le Borgne travaille aussi dans la dimension du temps; il prend du temps pour repérer, ressentir, du temps pour imaginer, créer; ses œuvres peuvent inviter à la contemplation, à la méditation, à l’élévation, comme elles peuvent surprendre dans un instant fugace, dans la surprise d’une émotion inattendue, au détour d’une rue.Il se veut accessible, ouvert au partage; il n’hésite pas à s’investir dans une pratique d’ateliers, avec des jeunes (Moi mes amis ma ville) ou avec les patients d’un hôpital psychiatrique (La biodiversité rend heureux), avec autant de passion et de conviction que lorsqu’il installe ses Voyageurs sur le Pont de la Machine à Genève ou dans le parc de Namsan à Séoul.

Son travail précis de mise en scène et de lumière donne à ses personnages de grillage une vie, une magie particulière. La transparence du matériau crée une cohésion totale avec le décor, s’affranchissant de tout cadre.L’art de Cédric Le Borgne ouvre le regard, offre la possibilité d’un lien, subtil et libre, entre ciel et terre, entre rêve et réalité, une poésie du quotidien.